Le toucher – lecture croisée de Levinas et Merleau-Ponty

Jérôme de Gramont

https://journals.openedition.org/alter/1009


Quand deux mains vont à la rencontre l’une de l’autre, il faut que l’une des deux s’approche la première. Commençons ou plutôt recommençons avec Le visible et l’invisible au moment où a lieu la fameuse expérience du touchant-touché. Merleau-Ponty en donne plusieurs versions, dont celle-ci : 

quand ma main droite touche ma main gauche en train de palper les choses […] le « sujet touchant » passe au rang de touché, descend dans les choses, de sorte que le toucher se fait au milieu du monde et comme en elles. (VI 176)

Toucher ma main quand elle palpe les choses c’est toucher deux fois – expérience qui n’a rien de simple, ou plutôt expérience élémentaire dont nous devinons qu’il faudra bientôt la décliner de diverses façons : comme toucher des choses, de mon autre main, et de la main de l’autre. L’une des forces de la description merleaupontyenne consiste à tenir ensemble ces trois dimensions.